Histoire du surf

histoire du surf

histoire du surf

Le surf représente la quintessence du sport de glisse, l’expression du sport extrême dans sa plus pure expression : l’homme affrontant les forces de la nature, ou plutôt entrant en harmonie avec elle, utilisant sa puissance pour provoquer une rencontre introspective et une expérience de pure adrénaline. Les origines du surf remontent probablement à la nuit des temps dans certaines régions reculées, tant la simplicité de sa pratique peut paraître primitive à quiconque a déjà rencontré le plaisir d’un bain dans un océan tourmenté de vagues.

Glisse simple, le surf consiste à se laisser porter par une vague sur une planche. Dans sa plus simple expression, le body surf, ce sport peut se réduire à la plus simple expression du sport de glisse : une personne et l’océan pour seul terrain de jeu, sans artifices. L’utilisation d’une planche pour augmenter la portance et développer le plaisir de glisse ainsi que le temps de ride en a fait ce qui est probablement le tout premier sport de glisse, celui qui aura inspiré tous les autres, peut-être à l’exception du ski, dont l’histoire remonte également à plusieurs milliers d’années

La première rencontre de notre société avec le surf remonte aux expéditions du Capitaine Cook dans l’océan Pacifique et notamment sa découverte d’Hawaii en 1778 alors qu’il cherchait une route entre le pacifique nord et l’océan atlantique. Tué par les indigènes d’Hawaii peu après cette découverte, Cook laissa sa place au lieutenant James King, qui le premier relatera dans le journal de bord les premières descriptions de la pratique du surf telle qu’il pu l’observer à Kealakekua Bay sur la côte de Kona, sur la grande île d’Hawaii. Voici la première trace retrouvée de cette description du surf, la première description du surf Hawaiien relatée par un Européen :

Histoire du surf à Hawaii

Histoire du surf à Hawaii

« (…) Mais l’une des distractions les plus courantes se déroule sur l’eau, là où la mer est la plus démontée et où les vagues cassent sur le rivage. Les hommes, parfois par 20 ou 30, remontent le flot sans se préoccuper de la houle et restent allongés à plat sur des morceaux de bois plats et ovales d’environ leur taille et largeur. Ils gardent les jambes serrées dessus et se servent de leurs bras pour guider ces planches. Ils attendent alors les plus grosses vagues qui cassent sur la rive et tous ensemble poussent sur leurs bras pour rester sur la crête de ces vagues, qui les propulsent alors avec une étonnante vélocité, le grand art résidant dans le fait de diriger ces planches afin de toujours rester dans la bonne direction, sur le haut de la vague, ce qui est particulièrement difficile lorsque les vagues les rapprochent des rochers? Lorsque j’ai vu pour la première fois cette distraction, je n’en ai pas cru mes yeux et n’arrivait pas à imaginer qu’ils ne soient pas tous repris par mère nature, mais en arrivant près de ces rochers juste avant d’atteindre la rive, ils laissent partir leurs planches au loin et plongent dessous le temps que la vague casse. Le plus grand nombre d’entre eux tombe et est généralement surmonté par la puissance de la vague, qu’ils évitent alors en plongeant et nageant sous l’eau hors de portée de la vague. Grâce à ces exercices, on pourrait aisément décrire ces hommes comme amphibies. Leurs femmes peuvent nager jusqu’au bateau et continuer à nager pendant une demi journée puis repartir. La distraction décrite ci-dessus n’est qu’une manière de s’amuser et non une compétition de talents, et j’imagine que sur une houle douce cela doit être plutôt plaisant. Pour le moins semblent-ils prendre un grand plaisir dans les mouvements demandés par cette pratique »

Au 18ème siècle le surf était donc une pratique courante chez les populations des îles Hawaiiennes pour qui il s’agissait d’une part importante de leur culture, entre relation sociale et religion. Les chefs de tribus utilisaient le surf pour montrer leur talent et leur habileté. La qualité du surf des individus décidaient en partie de leur considération sociale, qu’ils pouvaient également afficher sous forme de tatouage tribal Polynésien, des populations du Pacifique sud, des Tongas, Samoas, Tahiti, îles Marquises ayant migré dans les îles d’Hawaii aux alentours du 4ème siècle avant JC. Ces hommes de l’océan auraient probablement importé cette pratique du surf du pacifique sud, de même que leur exceptionnelle connaissance de l’océan

pionniers du surf

pionniers du surf

Pratiqué initialement sur le ventre, le surf debout aurait ainsi très certainement été perfectionné voire inventé à Hawaii. A l’epoque de sa découvert à Hawaii, le surf possédait déjà un ancrage fort dans la société : les rois d’Hawai’i pratiquaient le surf sur certaines plages réservées, tandis que la population était concentrée sur d’autres spots. Les rois les plus habiles pouvaient rider des planches de surf de plus de 7 mètres. La période de découverte des îles par Cook et Smith allait finalement marquer le summum du développement du surf à Hawaii, tant le déferlement des blancs allait changer les us et coutumes, qui virent le surf, entre autres pratiques, tomber dans la désuétude pendant plus de 150 ans. Les taboos, pratiques interdites, perdirent peu à peu de leur force symbolique avec l’arrivée des inventions européennes et le choc des cultures, plongeant la culture Hawaïenne dans le chaos

Comme l’écrivent James D. Houston et Ben Finney dans l’exceptionnel « Surfing: A History of the Ancient Hawaiian Sport » : Pour le surf, l’abolition de la religion traditionnelle signifia la fin des aspects sacrés du surf. Avec le retrait des chants du surf, des rites de fabrication de planches, des dieux du sport et des autres éléments sacrés, ce sport autrefois sacré fut dénué de la plus grand part de son plumage culturel ». En moins d’un siècles, les missionaires calvinistes ont totalement dénué de son essence la culture Hawaiienne en lui imposant sa religion monothéiste, sa morale, ses codes vestimentaires, son langage et son écriture. La perte d’intérêt pour le surf fait partie de cette « révolution » culturelle d’une société qui commença son inexorable déclin, ravagée par les maladies, l’alcool, les poisoins apportés par les européens

La pratique du surf perdura néanmoins discrètement à Hawaii, tandis que les américains blancs et non-natifs prenaient possession des îles, annexées par les Etats-Unis à la fin du 19ème siècle. Paradoxalement, c’est l’histoire de 3 blancs qui provoqua le retour du surf sur le devant de la scène à Hawaii, tandis qu’un 4ème, natif d’Hawaii, dissémina la pratique dans le monde entier. L’arrivée à Hawaii en 1907 du célèbre écrivain Jack London, qui allait s’initier au surf et relater les rides de Alexandre Hume Ford et George Freeth au club de natation de Waikiki dans « A Royal Sport: Surfing in Waikiki ». La popularité de London allait conduire George Freeth jusqu’en Californie où il fit une démonstration sur les vagues de Californie du sud, devenant le premier surfeur à connaitre la popularité. Ils créèrent alors le premier véritable club de surf à Waikiki beach : le Outrigger Canoe Club. Puis développèrent un esprit de compétition amicale avec un club de locaux, le Hui Nalu

Duke Kahanamoku

Duke Kahanamoku

C’est à partir de 1912 que Duke Paoa Kahanamoku, champion de natation et un des surfers fondateurs du Hui Nalu, commença à créer la sensation autour de la pratique du surf : double médaillé d’or du 100 mètres nage libre aux jeux olympiques de Stockholm et d’Antwerp, acteur à Hollywood, le nageur allait devenir l’ambassadeur du surf dans le monde entier, notamment en Australie où le surf fit une fureur. De retour à Hawaii en 1917, Duke Kahanamokucontinue à développer sa légende en surfant une vague légendaire sur plus d’une centaine de mètres

Dans les années 20, le surf continua à se développer régulièrement, porté par le développement de la photographie du surf directement dans l’eau, popularisée par Tom Blake, Leroy Grannis, John H. « Doc » Ball

Après-guerre les pionniers Woodbridge Parker « Woody » Brown, Rabbit Kekai et John Kelly sont les initiateurs d’une nouvelle vague pendant les années 30, 40 et 50, les matériaux utilisés pour la fabrication des planches de surf commencent à changer, plus légères, plus fines, plus maniables. John Kelly commence à surfer des vagues géantes de plus de 7 mètres au large de Makaha. Les années 50 lanceront l’histoire moderne du surf, les surfers affluant toujours plus nombreux vers Hawaii, avec des personnages comme Fred van Dyke ou Peter Cole, qui commenceront en compagnie de locaux comme Eddie Aikau et Buffalo Keaulana à surfer des vagues géantes sur les spots de Makaha, Sunset beach ou plus tard Waimea bay. Le surf devient de plus en plus « mainstream » dans les années 50-60, de nombreux artistes, musiciens s’initient à la culture surf, associée au « flower power », qui va progressivement retrouver ses racines en perdant son côté machiste avec l’avènement de surfeuses pionnières comme Eve Fletcher ou Anona Napoleon

Dans les années 60-70, tout le monde surfe, et le surf est immortalisé et relayé internationalement dans des livres de photos de surf, des films sur le surf, des chansons de surfers : Gidget the movie, les Beach Boys… Puis les planches sont fabriquées de manière industrielle, en plastique et matières composites, les combinaisons néoprène et les leash de planches viennent remplacer les chants cérémoniaux et les planches en bois taillées à la main des anciens temps

Histoire du Surf moderne

Histoire du Surf moderne

Aujourd’hui, malgré les compétitions mondiales, popularisées par des surfers comme Kelly Slater entre autres grandes stars mondiales du surf, malgré la mondialisation, la technologie, les modes vestimentaires multiples et autres produits dérivés issus de la pratique, le Surf a su conserver en partie l’esprit des pionniers du surf : un sport proche de la nature, qui permet une harmonie avec l’élément liquide. Toutes les classes sociales peuvent se retrouver au creux de la vague ou au sommet de la crête, au sein du tube. Surfer reste aujourd’hui un état d’esprit, présent dans le monde entier. Partout où il y’a des vagues, il y’a des communautés de surfers, qui perpétuent l’esprit du surf en se confrontant eux aussi aux forces de la nature

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